L'araignée volante

Bien des gens vous le diront, il ne fut pas toujours chose commune que d’apercevoir une araignée voler. Aussi surprenant que cela puisse vous paraître, nos aimées tisserandes ne furent point toujours douées de cette habileté… Ni même appréciées à leur juste valeur. En des temps très reculés, les araignées ne savaient voler, elles tissaient leurs grandes toiles pour se nourrir et vivaient cachées des hommes. Un jour, un surprenant arachnéen  découvrit entre ses pattes le merveilleux secret du vol. Une découverte qui, d’une aventure, se dévora. Cette succession d’événement eut lieu dans une très belle et très grande forêt de notre monde, à l’orée d’une clairière…

 

   Il était une fois, dans une belle et grande forêt. Entre les branches et les feuilles, vivaient deux araignées. Elles avaient toutes les deux une personnalité très différente. La première était surtout intéressée par son estomac. Elle passait le plus clair de son temps à construire des toiles pour piéger des insectes et ensuite inventer des dizaines de recettes pour les déguster. Elle était passionnée de cuisine, autant pour la préparation que pour la dégustation, gourmet et gourmande. Ragoût de mouche sauce au miel, cuisse de frelon grillée, fricassée de fourmi aux champignons, omelette d’œufs de blatte ou encore pot au feu d’abeille, le menu était toujours élaboré chez notre araignée gourmande.

 

   La seconde était aventurière et intrépide, passionnée d’exploration, elle rêvait de cartographier le monde. Elle prospectait les alentours, visitant chaque galerie, fouillant chaque zone, à la recherche de nouvelles aventures. Partant le matin parcourir le monde elle ne rentrait que le soir pour tracer ses cartes. Au fil de ses voyages elle allait toujours plus loin, découvrant ainsi de nouveaux endroits. Toutefois, ses excursions quotidiennes étaient toujours plus fatigantes. Heureusement, lorsqu’elle rentrait de ses longs et épuisants voyages elle pouvait toujours compter sur un bon repas chez sa voisine.

 

   Nos deux araignées avaient trouvé moyen de tirer avantage de leurs différences de caractère. Elles se retrouvaient souvent pour partager un repas et des renseignements. Ainsi, la première était fière de faire goûter ses délicieux plats. De plus, elle trouvait auprès de son amie de précieuses informations sur la localisation des différents ingrédients. Grâce à ces ingrédients elle pouvait concocter de nouveaux mets originaux. La seconde était bien contente de trouver un repas chaud tout les soirs car cela lui permettait de gagner un temps précieux pour ses explorations. Elle était aussi très fière de recueillir des informations utiles pour sa compagne.

 

   Leurs champs d’explorations étaient ainsi complémentaires et avaient permis à nos deux amies d’aller plus loin dans leurs domaines qu’aucune autre araignée. Et elles repoussaient régulièrement leurs objectifs pour chatouiller l’impossible. Ainsi, notre cuisinière voulait des ingrédients toujours plus exotiques et rares afin de créer les meilleurs plats jamais élaborés auparavant. Notre aventurière, elle, voulait cartographier la totalité du monde. Ses explorations allaient toujours plus loin, mais elle sentait qu’elle se rapprochait de la limite. En effet, elle était obligée de s’absenter de plus en plus longtemps et ses cartes avançaient de moins en moins vite. Elle savait qu’il lui fallait trouver un moyen d’aller beaucoup plus vite, sinon elle ne pourrait bientôt plus rien découvrir de nouveau. Ce problème la tracassait de plus en plus…

   Un soir qu’elles mangeaient un excellent ragoût de mouche, notre exploratrice observait les ailes cuites quand elle eut une idée. Il était évident que si elle pouvait s’envoler elle pourrait couvrir un territoire immense et peut-être même visiter le monde entier. A partir de ce moment, elle cherchera le secret du vol. Chevaucher les frelons, c’était trop dangereux. Planer sur les feuilles c’était totalement incontrôlable. Utiliser la toile pour sauter de branche en branche était plus épuisant que la course et ne fonctionnait que dans les bois. Elle essaya toutes sortes d’idées loufoques sans grands résultats. C’est en observant les ailes d’une guêpe qu’elle eut l’idée de tisser une étoffe entre ses pattes. Elle utilisa ses talents de tisserande pour se fabriquer des ailes et après quelques chutes elle réussit enfin à s’envoler.

 

   Notre exploratrice avait compris le mécanisme mais elle ne maîtrisait pas encore toutes les subtilités du vol. Elle passait beaucoup de temps à s’entraîner et à réajuster ses ailes. Un jour qu’elle travaillait ses battements, un coup de vent la déséquilibra et la projeta dans une toile. Elle frappa le piège de plein fouet et se retrouva prisonnière. Elle avait beau se débattre elle ne pu se défaire de ses liens. L’autre araignée ne se fit pas attendre longtemps. Constatant que son acolyte était dans cette posture, elle eut une idée. Elle ne la libéra pas et commença à préparer sa cuisine. Elle allait élaborer une recette toute particulière pour cet ingrédient si rare. Ce soir, au menu ce sera de l’araignée volante…

Ainsi, elle la dégusta dans un plat qui avait une saveur unique, exotique et familière.

©2019 par pierrick-houbart. Créé avec Wix.com

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