Ninja Chouket et le Mange-doudou
                        Chapitre 3

— Mais alors Diamant, que devons-nous faire ? demanda Iris dans le petit bois coloré.

— Nous devons nous rendre dans les montagnes du Chouket pour enquêter sur ce qui s’est passé. Nous devons trouver comment le Mange-Doudou s’est échappé.

La louve verte était inquiète.

— Les montagnes du Chouket ? Mais où se trouvent-elles Diamant ? Montre-nous sur la carte pendant que je mets ma tenue d’exploratrice ! 

    Bon, de vous à moi, c’est vrai que ça ne s’entend pas trop à la lecture, mais c’est toujours les mêmes voix qui font le doublage du monde imaginaire et c’est un peu agaçant à la longue. Ce n’est pas pour critiquer le langage universel mais ils pourraient engager d’autres doubleurs quand même. Y en a marre de cette voix qui déraille à toutes les fins de phrases.

   Bref, revenons à nos deux personnages qui viennent tout juste d’arriver au Chouket, non loin de l’entrée d’un grand temple ancestral. Oui, dans le monde imaginaire, les voyages sont comme le langage : universels.

Ah ! J’en vois qui haussent un sourcil interrogatif. Mais qu’est-ce qu’un voyage universel ? xous demandez-vous peut-être. (Non, je ne vous observe pas depuis le texte que vous lisez). Eh bien voyez-vous, un voyage universel c’est au moins aussi pratique que le langage universel. Il permet, non pas de bouger instantanément, mais de faire venir à soi les lieux que l’on désire.

Comment ça ? Ça revient au même ? Mais, pas du tout. Je vous garantis que la gestion logistique n’est pas du même niveau. Faire déplacer les lieux en fonction de la volonté de millions d’enfants et au moins autant d’êtres imaginaires demande un savoir faire tout particulier. Ici, on ne paye pas les marmottes pour emballer les chocolats !

 

   Le grand temple des moines chouketins se dressait depuis des yalongtemps sur une montagne parmi les hauts plateaux du Chouket. Il était fait de bois marron et d’un toit rouge. L’édifice semblait avoir subi des dégâts. Un endroit sombre et terne contrastait avec les couleurs rayonnantes du bâtiment et des jardins alentours.

   A l’intérieur du temple, une valisette mauve ouverte, gisait sur le sol. Elle était entièrement vide. Il ne restait plus que le souvenir de ce qu’elle avait contenu. Une ombre imprégnait l’objet de l’intérieur. Le mal était encore présent dans les lieux.

   Iris sortit sa grosse loupe d’exploratrice et observa attentivement autour d’elle. A ses côtés, Diamant la louve verte, humait l’air avec circonspection. Elle sentit le danger. Quelque chose d’inhabituel se tramait au temple des chouketins.

— Oh, regarde diamant, on dirait que c’est toi sur le dessin ! 

Iris désignait une fresque qui représentait un groupe de moines chouketins. Au centre de la représentation, on pouvait clairement identifier un loup au pelage vert.

— Oui, c’est bien moi. J’ai fait partie de l’ordre des chouketins, mais c’était il y a longtemps. 

— Ah oui ? Je ne savais pas ! 

— C’est surtout parce que ça arrange bien l’auteur. En fait, j’étais avec les moines Chouketins quand ils ont capturé le    Mange-Doudou mais après je suis parti, expliqua la louve avec mélancolie.

Imperceptiblement, le décor changeait. Les couleurs vives des montagnes et du temple se ternissaient dans un lent dégradé inquiétant. La terreur germait dans les jardins qui bordaient le temple. Le voile de la peur assombrissait les hauts plateaux du Chouket.

— Vite ! Il faut partir ! prévint Diamant l’air affolé.

   Mais il était trop tard. Le monstruifiant Mange-Doudou était déjà là, barrant la sortie du temple. Il était plus sombre que la sombritude elle-même, plus effrayant que l’effrayage et plus méchant que la méchanterie. Le Mange-Doudou avait les yeux jaune-verts, capable de lire la peur. Ses crocs étaient acérés, immaculés, prêts à dévorer.

 

   Iris hurla de toute la puissance d’une fillette de trois ans (et demi). Le cri déchira le décor qui vola en éclats avant de disparaître. Ce cri réveilla les parents de la petite fille avant de la sortir elle-même du sommeil. Elle en était quitte pour un affreux cauchemar. Et tout ceci ne sera bientôt plus qu’un vilain souvenir, car voilà papa qui entre dans la chambre pour consoler sa petite.

 

 

 

Chapitre 4

— Diamant a manzé le caussema’, mentit Iris pour ne pas effrayer ses parents.

Cela eut parfaitement l’air de fonctionner car aucun des deux ne demanda de nouvelles du mauvais rêve. Rien ne semblait bouleverser la routine de la petite famille. Iris allait passer la matinée chez la nounou et devrait attendre la sieste de l’après-midi pour prendre des nouvelles de Diamant. Car lorsqu’elle s’était enfuie du monde imaginaire, la louve verte était toujours dans le temple avec le Mange-Doudou. Iris restait inquiète, ce qui lui coupa l’appétit à midi ; impossible de lui faire avaler quoi que ce soit.

 

   Au beau petit bois à loup, Iris entra dans la clairière où se trouvaient les cinq louveteaux en compagnie de leur mère.

— Bonjours, Iris, j’ai des choses importantes à te confier. 

— Diamant ! Ouf tu es en vie, comment as-tu fait pour fuir le Mange-Doudou ? 

— Il ne peut rien contre moi, car je suis détentrice du savoir des chouketins. 

La louve au pelage vert s’approcha lentement de la petite fille et dit alors :

— Aujourd’hui, il est temps pour moi de transmettre ce savoir. Iris, je vais t’apprendre les techniques des chouketins et tu enfermeras le Mange-Doudou pour de bon. 

— D’accord ! C’est parti ! 

L’entrain débordant des enfants facilite bien souvent le bon déroulement de l’histoire. Imaginez cette proposition faite à un adolescent, il vous répondrait un truc du genre : pfff trop naze ton truc (phrase à traduire en fonction des époques et du niveau général d’appauvrissement du langage).

 

   Ainsi, voila notre fillette en combinaison de ninja rose bonbon. A côté, Diamant et ses sept petits étaient assis en silence.

Attendez ! Pourquoi rose ? C’est quoi ce sexisme des couleurs ? C’est une fille alors elle a une tenue rose ? Et si on lui demandait son avis, plutôt ? Iris, de quelle couleur veux-tu être vêtue ?

— Rose. 

… Heu… Au moins c’est parce qu’elle l’a choisi.

Et voici notre petite Ninja Chouket prête à apprendre les techniques d’avant y a longtemps.

 

   Au pied du grand escalier, Iris écoutait attentivement les conseils de Diamant.

— Maintenant tu es une apprentie ninja. Tu vas devoir t’entraîner dur. Pour commencer tu devras monter les marches jusqu’à la fin de la musique. 

 — Quelle musique ? demanda Iris qui ne percevait aucun son.

Et un air de guitare entraînant commença seul ses quelques notes étouffées répétitives : din, din guindin din guindin din guindin din guindin din guindin…

— Vite ! Cours ! Monte les escaliers ! ordonna la louve verte.

La batterie entonna son rythme : boum tchak boum tchak, suivie de la basse : toudoudoudoudoudoudou…

La fillette de trois ans (et demi) s’élança à l’assaut de la première marche en s’écriant : Ninja !

— Vas-y Iris ! encouragèrent les louveteaux.

   A chaque marche, Iris criait « ninja » et s’élevait un peu plus vers le sommet. La fatigue ne fonctionne bien évidement pas de la même manière dans le monde imaginaire. En revanche, ce qui reste un mystère, c’est la façon dont s’y prennent les enfants pour ramener cette « infatigabilité » dans le monde réel. Mais passons… Iris atteignit la dernière marche du grand escalier et cria « ninja chouket ! »

 

   Au pied des marches, Diamant était satisfaite que l’entraînement se soit bien passé. Cependant, une certaine inquiétude se lisait sur sa gueule. La prochaine étape arrivait à grand pas. Le face à face avec le Mange-Doudou allait être inévitable.

©2019 par pierrick-houbart. Créé avec Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now